Au lycée Adolphe Chérioux de Vitry, la colère de la communauté scolaire face aux travaux catastrophiques menés par la Région IDF
En 2016, la proviseure du lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine donne un premier coup de pelle pour lancer la rénovation et la construction d’un nouvel établissement, décidé en grandes pompes par la région Île-de-France. Ce chantier s’avère être un calvaire sans fin, marqué par une série de mauvaises décisions, de coupes budgétaires et d’une communication désastreuse avec les membres de la communauté éducative du lycée.
Le projet initial de « restructuration-extension »
La décision de construction d’un nouveau lycée Chérioux a été prise par la région en 2015, puis annoncée en conseil d’administration aux différent-es élu-es des personnels, des parents et des élèves. A été ainsi lancée une longue phase de consultations entre 2015 et 2022. Les personnels ont été invités à consulter et modifier les plans présentés par les équipes de la région. Par exemple, la section Génie thermique a elle-même organisé la répartition de l’espace de ses futurs locaux, ce qui a ensuite été validé, comme le veut la procédure, par leur inspecteur. Dans les filières professionnelles, qui ont des impératifs particuliers en termes de sécurité et de pédagogie, les enseignant-es ont donc pleinement participé sur leur temps libre à rendre viable le projet des nouveaux bâtiments.
Nous sommes en 2022, et ce sera la dernière fois que les personnels auront connaissance des plans.
Note : Le projet de 2022 n’était en soi déjà pas satisfaisant : par exemple, il était prévu en 2018 que l’EPS occupe les sous-sols d’un des anciens bâtiments devant être rénovés (ce n’était pas une solution parfaite, mais elle avait été présentée aux enseignants, qui s’y étaient résolus). Dans les plans de 2022, leur matière a tout simplement disparu, c’est-à-dire qu’aucun espace n’était dédié aux pratiques sportives. En filière horticulture, l’espace pour cultiver n’existait pas : les plans prévoyaient un parc, et pas une surface pédagogique.
Des déménagements chaotiques
Le déménagement dans les nouveaux bâtiments est prévu en plusieurs phases, avec tout d’abord le déménagement d’une grande partie des filières professionnelles et technologiques ainsi que plusieurs filières du supérieur dans des préfabriqués. Ce fut un processus long et fatigant pour les personnels, qui ont donné de leur énergie et de leur temps libre pour que la rentrée 2023 puisse avoir lieu dans les conditions les plus normales possibles. Le déménagement s’est fait, et les cours ont commencé dans les préfabriqués. Déjà à ce moment-là, les conditions d’enseignement et de sécurité n’étaient pas réunies, par exemple des fuites d’eau abondantes ont perturbé les cours lors de journées de fortes pluies, notamment en BTS Electrotechnique (on comprend aisément le danger).
La deuxième phase a été plus laborieuse encore, car ce second déménagement était prévu en février 2024, mais a dû être décalé en avril suite à des retards de travaux. En avril, un enseignant a alerté sur l’absence d’aération pour évacuer les gaz de soudure, posant de graves problèmes de sécurité et de santé pour les élèves et les personnels. Le déménagement a donc à nouveau été décalé aux vacances d’été. Les personnels des filières professionnelles et technologiques qui étaient dans les préfabriqués ont déménagé durant l’été dans les nouveaux bâtiments (censés être définitifs) et les enseignant-es de filières Arts Appliqués et de langue ont rejoint les préfabriqués.
Les premières mobilisations

Face à ce projet laborieux, les personnels se sont mobilisés. La filière horticulture a été la première à se mettre en mouvement, à partir de novembre 2024. En effet, les travaux avaient engendré la formation d’un énorme trou de quatre mètres de profondeur et d’une vingtaine de mètres de long, dans un espace traversé par les élèves de la filière. Les enseignant-es ont fait plusieurs jours de grève et ont fait appel à une cinquantaine d’enseignant-es du lycée pour une action symbolique.
Face à l’absence de réponse, les personnels ont bloqué l’entrée du chantier en décembre 2024, entraînant cette fois-ci une réponse de l’entreprise par courrier, et une sécurisation du trou. Le personnel a ensuite envoyé à la région un courrier recommandé contenant plus d’une vingtaine de problèmes précis à régler. Nous étions donc en droit de s’attendre à une rentrée 2025 digne du montant investi (100 millions d’euros).

Une rentrée cataclysmique !
Fin août, le personnel s’est réuni pour la traditionnelle réunion de pré-rentrée, servant symboliquement à lancer la rentrée scolaire et fixer les objectifs pédagogiques de l’année. La commission de sécurité avait validé au tout dernier moment l’ouverture du lycée.
La visite des nouveaux locaux par les personnels a été un moment glaçant pour tout le monde. Dans les nouveaux bâtiments, censés être définitifs, les installations de gaz et d’électricité n’étaient ni fonctionnelles ni conformes aux normes de sécurité, l’un des bâtiments n’était pas accessible aux véhicules de transport et les sols des préfabriqués s’enfonçaient de plusieurs centimètres sous le poids de quelques personnes seulement (donc on ne peut qu’imaginer ce que cela aurait donné avec une classe entière). Au-delà de ces purs impératifs de sécurité, les ateliers n’avaient pas le matériel pédagogique permettant de faire cours (postes à souder manquants, salles de cours sans tableau). Comme en 2022, ce sont les enseignant-es qui prennent sur leur temps pour lister bénévolement les infractions aux normes. Ils et elles se retrouvent à assurer la coordination des travaux, ce qui est normalement la mission de la région.

En plus d’une réalisation inachevée, les collègues ont par ailleurs constaté que leurs contributions aux plans remontées de 2018 à 2022 n’avaient jamais été prises en compte et intégrées dans le projet final.
Le jeudi 4 septembre, les personnels ont donc fait valoir leur droit d’alerte pour empêcher la tenue d’une rentrée dangereuse pour tout le monde. Le lendemain, l’ensemble des personnels, que ce soient les enseignant-es, les agents d’entretien et les AED, se sont mis en grève pour faire pression sur la région et exiger une mise aux normes en urgence et un décalage de la rentrée. Face à cela, la région a immédiatement relancé des travaux pour sécuriser les problèmes constatés et livrer le matériel pédagogique manquant. Dans l’attente de leur finalisation nous avons donc repris le travail, sans aucune illusion sur les promesses qui nous étaient faites.
Un « lycée-chantier » : pour combien de temps encore ?
Depuis cette rentrée plus que difficile, la situation de Chérioux ne s’est pas vraiment améliorée.
Les travaux de mise en conformité électricité et gaz ont duré bien plus longtemps que prévu. Il était annoncé que tout serait réglé fin septembre, mais cela n’est toujours pas le cas : bien que les élèves des filières Génie Thermique et Electrotechnique aient de nouveau accès aux ateliers depuis les vacances d’octobre, elles et ils ne peuvent toujours pas réellement travailler puisque le matériel n’est pas fonctionnel (toujours pas de gaz, pas de prises électriques adéquates…). A l’heure actuelle, les élèves ne peuvent pas valider leur diplôme. Encore une fois, ce sont les filières professionnelles qui sont attaquées dans l’indifférence. Imaginerait-on 500 élèves de terminale générale sans cours pendant deux mois sans que rien ne se passe ?
Le reste du lycée est par ailleurs concerné : les nouveaux bâtiments, qui ne sont pas pourvus d’équipements pour l’EPS comme précisé précédemment, disposent de 25 salles de classe de moins que dans les anciens bâtiments, ce qui présage d’une organisation toujours plus chaotique, même lorsque le chantier sera finalisé (le sera-t-il un jour ?).
En parallèle, les dysfonctionnements liés aux travaux continuent : la semaine dernière, le réseau a été coupé pour la quatrième fois depuis le début de l’année, privant plusieurs bâtiments d’informatique, d’accès à internet, aux photocopieurs et au téléphone, ce qui pose des problèmes bien entendus pédagogiques, mais avant tout de sécurité, la vie scolaire étant dans l’incapacité de contacter les parents d’un élève en cas d’urgence. Depuis septembre, de nombreux WC ne fonctionnent pas, et dans un des nouveaux bâtiments il n’y a pas d’accès à l’eau, en privant les élèves et les personnels, mais aussi les agents d’entretien, pour qui le travail quotidien est devenu un vrai calvaire. Les sols des nouveaux bâtiments n’ont pas de revêtements et rejettent en permanence des poussières de béton, nocives pour les machines, ainsi que pour les élèves et les personnels.

S’y ajoutent d’innombrables malfaçons, avec des poignées de porte qui tombent, des WC qui s’effondrent, des murs qui s’effritent, des câbles électriques qui ne sont pas fixés au mur, etc… La situation n’est donc absolument pas réglée, la région n’a pas rempli ses engagements en temps et en heure, et nous impose à toutes et tous des conditions de travail indignes pour nous comme pour les élèves.
L’historique de cette période nous montre que seules les mobilisations massives ont permis de faire avancer les choses. Les personnels du lycée continueront donc à lutter pour que leur établissement soit digne et respectueux de l’accueil et de la sécurité de l’ensemble de la communauté éducative de Chérioux. La CGT Éduc’action 94 participe à cette mobilisation et soutient pleinement les revendications légitimes des collègues, et sera à leurs côtés dans toutes les actions futures décidées collectivement.
