Pollution autour de l’incinérateur d’Ivry : les élèves et les personnels de l’Éducation nationale en danger ?

À Ivry-sur-Seine, le plus grand incinérateur d’Europe, en activité depuis plus de 50 ans, traite les déchets d’une large partie du sud-est parisien et de plusieurs communes du Val-de-Marne. À proximité immédiate de cette installation, de nombreux établissements scolaires sont exposés à une pollution préoccupante. Une étude indépendante publiée en avril 2025 par la fondation néerlandaise ToxicoWatch, en partenariat avec le collectif 3R et Zero Waste Europe, révèle en effet une contamination importante de l’environnement autour de l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII, touchant directement les cours d’école et les zones fréquentées par les élèves et les personnels.

Les prélèvements réalisés en octobre 2024 et février 2025 sur des mousses végétales, indicatrices fiables de la pollution atmosphérique récente, montrent des concentrations anormales dans cinq écoles primaires (Guy-Môquet, Dulcie-September, Orme au Chat à Ivry, Port aux Lions et Robert-Desnos à Charenton), ainsi qu’à proximité d’une crèche parentale. En effet, les niveaux de métaux lourds tels que l’aluminium, le cobalt, le plomb et l’étain dépassaient de plus de 100 fois les seuils maximaux recommandés. En ce qui concerne les dioxines, c’est jusqu’à 44,54 pg I-TEQ/m²/jour (Tours Duo) et 20,52 pg près de la jardinerie Truffaut (à 200 m des cheminées), alors que le seuil d’alerte fixé en Allemagne est de 4 pg I-TEQ/m²/jour, soit un dépassement de plus de 11 fois la norme allemande.

Ces polluants sont extrêmement persistants et toxiques à très faibles doses. Les dioxines sont classées cancérogènes pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer. Le plomb, en particulier, affecte gravement le développement cognitif des enfants.

Malgré cela, le Syctom, gestionnaire de l’incinérateur, conteste la méthodologie de l’étude et renvoie la pollution à des causes multiples (trafic, pollution diffuse), sans apporter de garanties sanitaires claires. Pourtant, une analyse des eaux de pluie issue des propres données du Syctom confirme que les plus fortes concentrations de dioxines sont relevées dans un rayon d’un kilomètre autour de l’usine, rayon dans lequel se trouve également le collège Molière d’Ivry.

L’absence de normes réglementaires françaises sur ces pollutions atmosphériques, combinée à une communication insuffisante de la part des autorités sanitaires, laisse les personnels et les familles dans une incertitude préoccupante.

Une large intersyndicale s’est formée et se réunira le jeudi 12 juin à l’école Guy Môquet, 28 rue Mirabeau à Ivry sur Seine. Tous les personnels d’éducation du secteur (Ivry, Charenton, Alforville et au-delà) sont invités à y participer afin d’exiger :

• Une évaluation sanitaire indépendante pour les personnels et les élèves exposés ;

• La publication systématique des résultats de biosurveillance dans les établissements proches de l’incinérateur ;

• La mise en place de mesures de précaution immédiates (prévention, aménagements, dépollution, relocalisation si nécessaire).

Nos collègues ont droit à un environnement de travail sain et sécurisé. Nos élèves ont droit à une scolarité sans danger. Il est temps que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités.

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