Le syndicalisme enseignant aux USA : retour sur notre formation sur le syndicalisme dans le monde

Partout dans le monde, l’application des programmes néo-libéraux entraîne la destruction des services publics. C’est pourquoi des syndicats innovent constamment pour mener leurs luttes à la victoire. Notre syndicat a donc décidé de consacrer plusieurs journées à l’étude des mobilisations enseignantes à l’étranger. L’objectif est de permettre aux camarades présent-es d’interroger leurs propres pratiques syndicales et de débattre sur le sujet. Le premier volet de ces formations portait sur le mouvement enseignant aux USA. Loin d’être un modèle applicable et enviable sur tous les points, il permet néanmoins d’étudier des pratiques différentes des nôtres.

La stratégie de l’UTLA (United Teachers of Los Angeles)

L’histoire de l’UTLA s’ancre dans un contexte de crise syndicale. Alex C.P revient sur la période 2014-2019 pendant laquelle l’objectif est double : établir un lien de confiance avec les personnels de l’enseignement et résoudre la question du rapport de force, donc des ressources et des cotisations. 99% des membres ont voté pour l’augmentation des cotisations et une nouvelle carte d’affiliation permettant de mettre en avant le poids du syndicat. Le rapport de force nécessaire à la lutte contre la privatisation du système scolaire s’est donc inscrit dans un temps long et la stratégie a été pensée dès 2015.

La liste des revendications est établie sur la bases des discussions lors des réunions sur les sites scolaires. Ces revendications sont remontées au CA de l’UTLA pour être organisées puis elles sont votées par les écoles. Elles doivent être suffisamment larges pour impliquer l’ensemble du syndicat et fondées sur la notion de bien commun.

Il s’agit ensuite d’identifier sur chaque site scolaire un-e « meneur-se naturel-le » parmi les personnel écoutés et actifs. Chacun-e est formé-e afin de s’approprier la campagne syndicale et est responsable de 10 membres. Le secrétaire de l’UTLA précise que l’engagement et l’action des natural leaders sont évalués en fonction du nombre de signatures obtenu dans leur établissement.

En effet, la campagne s’est construite par paliers selon le principe d’actions en escalade :

Il s’agit dans un premier temps d’organiser des pétitions afin de s’assurer que l’action soit suivie, d’identifier les ressources nécessaires et d’exercer une pression croissante sur le gouvernement. La pétition d’avant grève (test de structure nommé « je serai là ») permet de voir quels risques les travailleurs et travailleuses sont prêt-es à prendre et ainsi de mesurer en amont si la grève va être suivie et efficace en termes de moyen de pression.

L’élargissement de la campagne : fédérer et communiquer

L’UTLA compte 37 000 sympathisant-es dont 90% de membres effectifs. Néanmoins, le syndicat est en contact avec environ 400 000 personnes. Des permanent-es UTLA sont chargé-es de bâtir la campagne avec les parents d’élèves et les associations de quartier. De même, les enseignant-es de chaque école sont formés et ont la documentation nécessaire pour atteindre et convaincre les parents. Ce soutien des familles alimente le rapport de force auprès des autorités.

Les départements recherche et communication sont chargés d’établir une narration sur les revendications et de la diffuser auprès des médias et réseaux. Il n’existe pas de caisse de grève car pour l’UTLA. Selon cette organisation, la grève doit apparaitre comme un sacrifice afin d’obtenir le soutien des médias et de la population.

Victoires et nouvelles revendications

La grève de 8 jours menée en 2019 a abouti à d’importantes victoire en matière de contrats et de politique d’éducation. L’UTLA un accord incluant une augmentation salariale rétroactive de 6%, l’embauche de davantage de personnels au sein des écoles, une réduction des effectifs en classe, une baisse de 50% du nombre de tests imposés aux élèves, l’extension des espaces verts ou encore le soutien aux familles immigrées.

D’autres revendications sont encore à satisfaire, notamment la question des programmes scolaires qui ne prennent pas assez en compte les minorités. Par ailleurs, la lutte contre les « charters schools » privées et subventionnées par l’Etat n’est pas encore achevée. Néanmoins, cette lutte victorieuse est un réel changement de paradigme : elle a permis d’éloigner la privatisation et de rediriger l’investissement vers l’éducation publique.

Ressources pour approfondir

No Shortcuts: Organizing for Power in the New Gilded Age (ISBN 1586480499), Jane McAlevey, 2016.

Mémoire co-rédigé par l’université de Nottingham et l’Internationale de l’Éducation sur le renouveau syndical dans l’éducation :

Your turn, les enseignant.es pour le renouveau syndical, 2018-2020, CSEE, University of Nottingham

Article de la revue « Contretemps » sur les mobilisations des enseignant·es aux USA : https://www.contretemps.eu/enseignants-etatsuniens-greve-bien-commun/

Article issu du site de la FERC CGT sur le renouveau syndical aux USA pour notre journal « Le Lien » : https://www.ferc-cgt.org/le-renouveau-du-syndicalisme-enseignant-aux-etats-unis

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